
Nogait trouva Ariane à son lieu habituel, la colline surplombant le vieux centre-ville. Sa meilleure amie adorait venir lire ici car c’était un endroit calme et personne n’y venait la déranger. Il sourit en la voyant si concentrée dans sa lecture. Tellement concentrée qu’elle ne le vit par arriver.

« Salut miss ! Lui lança-t-il. Il s’était baissé pour être à son niveau.
- - Nogait, le salua-t-elle d’un signe de tête sans quitter son ouvrage des yeux.
- - Je dois te parler, lui apprit-il. Peux-tu, s’il-te-plaît, lâcher ton livre deux secondes ?
- - Ce doit être important, devina-t-elle. Sinon, tu ne m’aurais pas dérangé.

- - Tout à fait, lui sourit-il alors qu’il l’aidait à se relever. Il en profita pour lui faire la bise.
- - Qu’est-ce que tu as fait encore ?
- - Pourquoi penses-tu que j’ai fait quelque chose ? Fronça-t-il des sourcils.
- - Car à chaque fois que tu as quelque chose d’important à me dire, c’est parce que tu as fait une connerie. Et généralement, ça inclut mon père.
- - Je te jure que Paris n’a rien à voir avec ça. Ecoute, reprit-il d’un ton sérieux, il s’est passé quelque chose d’incroyable il y a à peine une demi-heure … »

Ariane ressemblait énormément à son père, physiquement. Elle possédait la beauté froide des Baristan : ses cheveux, couleur corbeau, étaient aussi sombre que ses yeux, et contrastaient avec sa peau pâle. Le jeune homme, pour plaisanter, la comparait souvent aux statues qui ornaient les places d’Atlantide. Ce qu’elle ne supportait pas du tout.

Nogait lui raconta tout au sujet de Valinor et de sa demande. Son amie, les bras croisés, le laissa parler et ne le coupa pas une seule fois. Une fois qu’il eut terminé son récit, elle déclara :
« Tu te fou de moi, j’espère.
- - Pas le moins du monde !
- - Tu croies que je vais gober ça ? Je préférais encore quand tu venais te plaindre de mon père.
- - Je ne suis pas dingue ! Regarde, c’est la pierre et la potion qu’il m’a donné, dit-il en les sortant de ses poches. »

Ariane tendit la main et prit la pierre magique.
« Fais attention, s’il-te-plaît, lui dit-il inquiet. C’est très fragile. »
La jeune femme examina la pierre à la lumière du soleil. Elle fronça les sourcils mais resta silencieuse.
« Quoi ? S’enquit-il.
- - Je … Je ne connais pas cette roche. Je n’en ai jamais vu de telle.
- - Évidemment, puisqu’elle m’a été donnée par notre créateur. Ariane lui jeta un regard ennuyé.
- - Fais-voir cette potion ?
- - Ne la touche pas. Il ne faut pas la gaspiller, l’avertit-il. »

Elle ôta le bouchon et huma l’odeur du liquide. Nouveau froncement de sourcils, mais cette fois-ci, il s’agissait de dégoût.
« Pouah ! Ça pu ton truc ! Quelle horreur !
- - Bon, tu es contente ? C’est quelque chose que tu n’as jamais senti de ta vie également ? La nargua-t-il en lui reprenant le flacon des mains pour le refermer. Il remit la potion et la pierre à leur place, dans ses poches.
- - Effectivement. Je m’en souviendrai si ça avait été le cas, marmonna-t-elle en se pinçant le nez.

- - Nous devons trouver Léandre. Il doit nous accompagner.
- - Nous accompagner ? Répéta-t-elle.
- - Oui, nous allons remonter le temps pour sauver notre peuple, lui répondit-il. Tu n’as pas écouté un mot de ce que je t’ai dit ?
- - Si, si. J’ai très bien entendu. Mais je n’ai pas accepté de t’accompagner.
- - Allons Ariane … J’ai besoin de toi ! Tu es la femme la plus étonnante et brillante que je connaisse ! Je n’y arriverai jamais sans toi, tenta-t-il de l’amadouer.

- - Tu sais très bien que ça ne marche pas avec moi, dit-elle en croisant les bras.
- - Tu oserais me laisser remonter le temps tout seul ? Je ne survivrai pas un jour ! Tu auras ma mort sur ta conscience ...
- - Mettons que j’accepte. Si ta fameuse pierre ne marche pas, je te jure que tu vas le regretter.
- - Promis ! Je ferai tout ce que tu voudras !
- - Dans ce cas, marché conclu.
- - Super ! Allons chercher Léandre maintenant, dit-il ravi en la prenant par la main. »